Les Arthuriennes

Merlin

Chaque mois, vous découvrirez une figure du cycle Arthurien. Son histoire, les choix de couleurs, de fibres que j’ai fait pour les coffrets mais également une créatrice ayant pris le temps de s’immerger dans ce personnage pour en faire naitre une création.

Avec un peu de retard, je vous présenterai donc l’homme qui ouvre le bal (et quel homme…) Merlin.

Son histoire – Une chronique par L’Oeil de Loup

Merlin est le personnage qui en quelque sorte donne naissance à l’ensemble de la légende arthurienne.

Merlin est le personnage du mystère, de l’étrangeté.
Merlin est prophète, mage, druide, sorcier, enchanteur et conseiller royal.
Il est double, né d’une femme et d’un démon.
Merlin est aussi le personnage de l’écriture : dans la légende médiévale, Merlin se retire régulièrement dans la forêt pour dicter sa vie et la destinée d’Arthur et de ses chevaliers à un scribe nommé Blaise. (Robert de Boron – Histoire de Merlin et suite Merlin. Fin du 12e-début 13e)

Merlin existe dans la littérature celtique et galloise, bien avant d’apparaître dans la littérature médiévale des 12e et 13e siècles.

Geoffroy de Monmouth (au 12e) consacre deux œuvres au personnage de Merlin, en latin : La Vita Merlini (La vie de Merlin) et les Prophetiae Merlini (Les prophéties de Merlin).

Merlin est un être double dans ces deux textes : un être social : il est marié et conseiller à la cour (pas celle d’Arthur) ; et un être asocial qui devient fou par dépit amoureux, mais aussi parce que la folie lui permet d’exprimer ses pouvoirs de mage et de druide.

Son élément : la forêt profonde ; sa langue : la prophétie et la divination dans les étoiles ; son animal : le cerf et le loup.

Merlin, dans les anciens textes, se caractérise par son rire ; c’est un personnage qui rit, qui se moque, qui voit clair dans les rapports humains. Son rire est aussi annonce de prophétie.
La métamorphose est l’une de ses prérogatives : à la fois jeune homme à la beauté flamboyante, vieillard à la laideur repoussante, musicien, berger, meneur de loup… Merlin est un et multiple à la fois.

Merlin, dans les textes en ancien français des 12e et 13e, donc après ceux de Geoffroy, devient plus lisse. La folie n’est plus un moyen d’exprimer ses visions. Mais il détient des pouvoirs prophétiques et druidiques. Il est auprès de la dynastie des grands rois bretons, en particulier Uther Pandragon (le père du roi Arthur).

Merlin préside à la naissance du roi Arthur en concluant un marché avec le roi Uther. L’enfant qui naîtra des amours d’Uther avec Ygraine (amours favorisées par les pouvoirs magiques de Merlin – la métamorphose) devra lui être remis dès la naissance. Cet enfant sera le futur roi Arthur.
Merlin restera auprès d’Arthur pendant la presque totalité de son règne.

Merlin a un point faible : les femmes et les fées. Dans le Lancelot-Graal ou Vulgate (texte en ancien français du 13e siècle) Merlin est présenté comme malfaisant et lubrique. L’amour le perd, à chaque fois. Il enseigne sa magie seulement à des femmes : Morgane et Viviane.
Viviane, la Dame du Lac, se jouera de Merlin ; à la fois son amante et son élève, elle parvient à lui soutirer le secret qui le perdra. Viviane enfermera Merlin par un sortilège dans la forêt de Brocéliande ; sortilège que l’enchanteur lui a lui-même appris. Merlin sait quelles sont les intentions de la fée ; mais il s’y livre, accomplissant ainsi sa destinée.

Dans le Perceval en prose (début 13e), Merlin est celui qui fait en sorte que commence la quête du Graal.

Dans le Merlin-Huth (milieu du 13e) Merlin annonce à Arthur sa mort par la main de Mordred.

De nombreux textes en prose du 13e ont donc repris le personnage de Merlin pour créer des charnières entre les différentes aventures arthuriennes. Ces textes que l’on appelle aussi « sommes » retracent chronologiquement tous les moments du cycle arthurien et font entrer aussi dans leur matière, des éléments religieux (propre à l’époque) qui n’existent pas dans les textes primitifs ni dans les textes du 12e.

 

Des fibres & des couleurs – Chronique par AmaYaga

Pour cet homme des bois, il fallait renouer avec des fibres brutes possédant la force de l’animal dont elles provenaient.

Le Philtre – Le songe de Merlin

Photographie de l'élevage smiling dog farm
www.smiling-dog-farm.com

 

Il me fallait du gris naturel même si je devais le teindre par la suite. Le premier à s’imposer fut le Gotland. C’est une laine qui peut séduire n’importe quelle fileuse. Vous n’aimez que le doux… Vous vous laisserez quand même envoûter par une poignée de ces boucles d’un gris sombre ou perlé. Il y a un lustre et une force unique dans leur toison qui vous font accepter son aspect un peu jarreux. Race ancienne de Suède, elle a été amélioré au fil des siècles et plus récemment au XXème par de nombreux croisement, on trouve assez facilement des toisons de qualité sur toute l’Europe.  En général, la densité est de 29 à 34 microns.

Pour contrebalancer sa dureté, en restant sur la profondeur de son gris, j’ai ajouté un peu de merinos gris. On obtient ainsi des nuances moins brillantes, plus mates. Les deux ne retiennent pas la couleur de la même manière ce qui rendait ce mariage intéressant.

La pointe de noir s’est fait en douceur avec du bébé alpaga. C’est donc un noir avec des nuances chocolaté. Provenant de World of wool, je l’ai trouvé assez épais mais peut être parce que je suis habituée à la finesse des toisons de Valérie. Mais dans ce cadre, ce n’était pas un soucis puisque ce n’est pas dans la délicatesse que je voulais travailler ce mélange.

La base de mes philtres est toujours la même. Le Macomérinos. Je suis amoureuse de cette fibre qui arrive à concilier douceur, force et une capacité unique à prendre la couleur. Le philtre de Merlin n’a pas fait exception dans ce choix.

L’invité des bois, le discret, celui que j’ai mis en soupçon… C’est le lapin. Un peu d’angora pour le côté aérien, pour donner de la rondeur au fil mais pas en assez grande quantité pour qu’il ne devienne trop féminin. Juste une touche comme une mousse poussant sur la dureté du rocher.

La ramie

La touche végétale ce fut la ramie. Moins rêche que le lin ou le chanvre, elle est intéressante car elle ne prend pas la couleur des teintures pour soie, elle se détache et apporte solidité. Utilisée depuis des siècles en Asie, elle peut être textile, papier… Elle possède une longueur très intéressante.

Et pour célébrer le pouvoir de métamorphose de Merlin, comment aurais-je pu faire l’impasse sur la soie ? La plus éclatante, la plus brillante… Celle du murier bien entendu.

 

 

Le ruban peigné – La folie de Lailoken

J’ai voulu un mélange plus texturé pour ce ruban peigné. Déjà parce qu’en général, on file plus régulier et souvent en plus grande quantité avec des fibres qui ont été étirées en ruban plutôt que cardées. C’est du moins, une constatation que j’ai pu faire et partager dans mon entourage proche.

Mouton Shetland

Pour la base je suis restée sur  du merinos gris, adoucie avec du merinos 18,5 microns et une dose de Gotland. On reste sur le trio utilisé également dans le Philtre.

Mais pour le végétal j’ai troqué la ramie pour du Lin. L’effet en sera plus dur, moins souple et renforcera la folie de Merlin…

Le lapin et le papillon se sont enfuis loin pour laisser place à du Kid mohair dont j’aime la brillance et la légèreté.

La dernière fibre est une laine que j’apprécie particulièrement le Shetland. Ce n’est pas la plus douce, ce n’est pas la plus rustique. C’est une fibre moelleuse, souvent très suintée, qui peut être filée très fin pour donner des résultat à couper le souffle. Elle se mêle aux autres avec beaucoup d’élégance et son aspect insulaire résonnait assez bien avec ce thème…

 

Les couleurs

La gamme des bruns s’est imposée. La forêt mais celle que l’on rencontre en hiver. Les arbres sans feuilles, tortueux, solides et dénudés dans le froid.

Un cran plus chaud, le rouille, le caramel pour souligner les teintes sombres et en faire ressortir une lueur.

Le gris et le blanc pour représenter l’hiver mais également ce passage entre la jeunesse et la vieillesse caractérisant le mage.

Quelques petites gouttes de vert amande se sont glissées… Parce que si les feuilles sont tombées des arbres, il reste la mousse, il reste la transformation à venir, il reste la magie même dans les heures les plus sombres…

Voici donc ce que vous trouverez dans les box de Merlin. Il en reste encore quelques unes de disponibles dans la boutique. Lorsque je présenterai celle de février, je placerai ici des photos de celle de Merlin… mais pour celles qui ont envie d’acquérir cette box sans voir son contenu, je préfère ne pas les dévoiler maintenant.

Dans un prochain article, vous découvrirez comment L’Oeil de loup a revisité ce thème dans une déclinaison magique d’écheveaux… Vous vous plongerez également dans son univers au détours d’une petite interview.

 

 

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