Titre la voei du vegetal
broderie,  teinture végétale

La voie du végétal

Lorsque j’ai commencé à filer, très rapidement, la teinture s’est imposée à moi car je n’aimais pas les mélanges teint industriellement, l’aspect uni et sans trop de nuances. J’ai essayé plusieurs types avant d’adopter les teintures pour soie Knazzief et Dupont. Le végétal me rebutait car je véhiculais ce cliché des couleurs fades qui ne tiennent pas. Puis j’ai commencé à me plonger dans l’histoire des fibres textiles et réaliser que par le passé tout se faisait avec le végétal et que les couleurs étaient éclatantes… Il suffisait juste d’apprendre et de maitriser cette magie là. Il me restait le manque de place… Avec mon installation à Lavaudieu, j’ai enfin pu me lancer dans l’apprentissage de la teinture végétale et comme je n’ai ni les moyens de suivre une formation, ni la compréhension de tous les traités écrits sur le sujet, il me restait… l’expérimentation. Voici donc un premier article sur le fruit de mes recherches.

 

1. L’art de la cueillette

 

Cueillir des fleurs c’est un souvenir d’enfance. C’est un geste que je n’avais plus vraiment l’occasion de faire. Et remplir son panier ainsi le matin en bordure de la Senouire avant d’atteindre mon atelier c’est renouer avec ce plaisir mais aussi prendre le temps de regarder quelle nature m’entoure. Quelles fleurs, quels arbres et même quelle faune. C’est le premier pas. Cesser de voir pour apprendre à regarder. C’est déjà faire entrer un peu de magie dans son existence.

 

 

Ensuite, vient les cueillettes plus ciblées en choisissant une plante pour voir réellement la couleur qu’elle donne, comment elle se comporte au grès de sa décoction. J’ai ainsi testé : les baies de lierre, les rameaux de chêne, l’absinthe, les noyaux d’avocat, les pétales de coquelicot… Et j’ai encore dans mon placard du Curcuma en racine qui m’attend sagement.

 

Feuilles de chêne

Les baies de LierreBaies de lierre

 

Les mono-bain n’étant pas ce qui m’intéressais les plus, j’ai couplé à mes expérimentations l’impression végétale dite “ecoprint”. Cela m’a donc permis de voir que les fleurs ne sont pas très intéressantes mais que les feuilles sont mes alliées… Et entre autre, le merveilleux Sumac qui méritera un article juste pour lui tant il est au coeur de mes expérimentations.

 

composition

 

2. La préparation

 

Il faut ensuite choisir ses supports. Du coton même si là je n’ai jamais eu de bons résultats, je me demande s’il n’est pas traité et si je ne gagnerai pas à le mordancer seul et longtemps en amont. Du lin et de la soie, beaucoup plus satisfaisant sur ce point. De la laine en ruban, de la laine que j’ai feutré mais aussi des mouchoirs de soie.

Récemment j’ai récupéré une presse à repasser dans ma famille et je trouve que ça permet de mieux placer les feuilles avant de rouler les petits pochons à mettre dans le bain de teinture. J’aime bien enrouler avec une ficelle de lin qui laisse souvent des traces sur la soie.

 

 

3. La cuisson

 

J’avais acheté dans un bazar un appareil qui permet de garder au chaud le café avec un thermostat allant jusqu’à 100°c et un robinet. C’était parfait pour mes teintures végétales… Mais après avoir oublié de rajouter de l’eau à temps, ça a surchauffé et rendu l’âme…. Qu’à cela ne tienne, ma maman m’a gentiment donné son stérilisateur, bien plus grand avec un thermostat également, un minuteur et qui bip et s’arrête s’il n’y a plus d’eau… Bref le rêve pour de la teinture végétale et là encore la présence d’un robinet pour vider la cuve, c’est bien plus confortable !

J’opte donc pour un mono-bain où je mets ma plante en décoction et quand le bain de teinture est prêt après 1 à 2 heure de cuisson entre 90 et 100°c, j’ajoute alun et crème de tartre avant d’ajouter mes tissus et pochons ficelés.

 

 

L’eau a été mon plus grand adversaire.

Il m’a en effet fallu plusieurs tentatives avant de comprendre qu’on peut avoir une coloration avec un bain basique mais que pour avoir des impressions nettes, il fallait un bain acide. L’eau de pluie à 6,5 en ph est idéale et quand je prenais l’eau de la fontaine de mon village, si je faisais remonter le ph à 6,5 je m’en sortais aussi. L’eau de pluies est bel et bien la meilleure. Mon prochain investissement sera donc un récupérateur d’eau sous mes chéneaux.

 

 

Il y a aussi l’apprentissage de la patience…

Accepter de laisser refroidir dans le bain puis de laisser encore une journée dans une bassine sans eau avant d’ouvrir, de rincer ou de compléter par un bain de sulfate de fer si on voit foncer le résultat. C’est toujours un moment magique et enfantin que l’ouverture d’un petit ballotin pour voir si les feuilles ont laissé des empreintes et comment la couleur de la plante a joué sur le textile.

 

 

4. L’Art végétal

 

J’ai ainsi commencé à avoir une collection de petits morceaux imprimés, de différents tissus avec chacun l’histoire d’une plante, d’une impression, d’un fantôme végétal comme si l’âme s’y fixait… Alors en les disposant sur le sol, il y a comme une identité qui s’est profilé, comme un étrange tableau…

 

Sans trop réfléchir, sans faire de recoupe, j’ai attrapé ma machine à coudre et j’ai donc assemblé les morceaux entre eux, liées les ombres, les âmes jusqu’à ce qu’un langage se crée. Et dans ces gestes très primitif, je songeais à ma grand-mère qui m’avait enseigné la rigueur du patchwork, d’une découpe propre et parfaite…

Non il fallait que les tissus restent fluides, continuent de danser dans un mouvement ample… Et après que mon aiguille y ajoute le fil… Le fil de deux autres artistes, l’un d’Ambre Nidevigogne et l’autre de L’Oeil de loup. Les fougères de fil se sont mises à pousser à accrocher la toile, à lui donner encore un autre visage…

 

Là encore sans aucune réflexion… L’idée n’était d’ailleurs pas d’être dans un ouvrage pensé, dessiné, mis en place mais dans quelque chose de très instinctif, comme une plante sauvage qui pousserait là où on ne l’attend pas.

C’est ainsi qu’Évelation est venu se poser sur le mur de l’Atelier. C’est ainsi que je me suis mise à entendre des choses dans mon esprit que je n’avais pas encore pu entendre jusqu’ici… Le végétal va donner une nouvelle tournure à mon regard sur l’art du fil, dans ses couleurs, ses textiles, dans ma manière de carder, de filer, de teindre… Et ce changement est aussi salvateur qu’il me fait tourner la tête…

 

 

One Comment

  • Lisou

    Moi qui, depuis presque 2 mois, te vois presque tous les jours jouer les apprenties sorcières avec ton chaudron et tes plantes dans ton atelier, je découvre en lisant à quel point la teinture et tes expérimentations te tiennent à coeur, te touchent. C’est ton élément, à ne pas en douter. Continue à nous régaler de tes expériences et à nous enchanter par tes créations.

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