Schola Lanae

L’atelier ferme ses portes

Il y a des articles plus difficiles à écrire que d’autres et celui-ci en fait parti.

Comment annoncer, comment raconter, comment avouer que les choses ne se passent pas comme on aurait pu l’imaginer ? Il existe tout un panel de mots pour donner vie aux rêves, il est plus délicat d’user de ceux qui en déferont la trame.

L’aventure de Schola Lanae va s’arrêter à la fin du mois de septembre. Du moins sa première étape : celle de Lavaudieu.

Dès le début d’année, j’ai rencontré des difficultés financières sévères qui m’ont mises dans une situation compliquée pour la réalisation des contreparties. La saison estivale devait remettre à flot l’association mais ce ne fut pas le cas.

Pour régler simplement le loyer, il me fallait dix personnes par jour prêtes à payer 2 euros pour découvrir l’exposition sur le travail des fibres à travers les époques, les outils et le fonctionnement de l’atelier. Avec la fréquentation importante du village de Lavaudieu, cet objectif semblait tout à fait réalisable. Première déconvenue… Les gens sont très intéressés par le filage, je l’avais déjà constaté lors de manifestations diverses où je pédalais de bon cœur sur mon rouet. J’ai cependant découvert qu’ils ne voulaient pas payer pour cela et que ces 2 euros qui me semblaient dérisoires restaient en poche pour la terrasse du café ou pour tout autre chose. Les gens réellement intéressés, heureusement il y en a eu quelques uns, étaient eux prêts à mettre 2 euros et même plus. Le prix n’était pas le fond du problème.

Le plus décevant n’a pas été de pas avoir d’entrées satisfaisantes à mon exposition, mais bel et bien les commentaires que j’entendais à l’entrée de mon atelier sur le fait que ce soit payant. J’ai eu le sentiment d’être une personne mesquine, pécuniaire et parfois auprès de certains touristes une attraction pittoresque et désuète. Ces deux derniers mois, j’ai ressenti une très forte dévalorisation de mon projet et j’en venais à filer la boule au ventre ce qui est un non-sens pour moi. J’aime profondément les gens mais cette expérience a commencé à éteindre peu à peu cet amour et je n’ai pas envie de m’aigrir…

Par ailleurs, l’accueil de mon atelier au village n’a pas eu l’enthousiasme que j’espérais. J’ai bénéficié du soutien de plusieurs personnes que je remercie chaleureusement s’ils lisent cet article, leurs visites m’a toujours mis du baume au coeur. Mais je sais aujourd’hui, que mon projet ne peut pas s’étendre dans ce petit village.

Après septembre je ne pourrais plus payer les loyers et encore moins les charges à venir : eau, électricité et chauffage. L’évidence s’est dessinée là : il me faut rendre les clés de ce joli local pour tout rapatrier chez moi à Brioude.

Le second obstacle est d’ordre privé. Certains le savent, j’élève ma fille toute seule et je suis donc la seule à faire tourner la marmite dans la maison. Ma douce Maïa a eu trois ans et mes aides en tant que parent isolé se sont arrêtées en même temps que son anniversaire… Je n’avais pas pensé à cela et je ne me retrouve plus qu’avec mon chômage sur un temps partiel. Je ne souhaite pas faire pleurer dans les chaumières, la réalité économique est exposée aux yeux de tous avec le climat social actuel mais le fait est que je ne peux pas vivre avec 700 euros par mois par conséquent, je vais devoir reprendre un travail à temps partiel pour compenser la perte de cette aide et ne pas pénaliser la vie que mène ma fille par un déménagement ou pire.

Même si j’avais trouvé un moyen de rester à Lavaudieu, il m’aurait fallu y travailler à temps plein pour rentabiliser ma présence et ça ne peut pas être le cas. Là encore ce sont donc les évidences qui parlent d’elle-même.

Cette expérience a été très déstabilisante pour moi, au point de remettre en cause ma pratique même du filage. Carder, teindre en grande production pour honorer boutique et contreparties m’ont épuisée d’un point de vue créatif, j’avais la sensation d’une obligation qui est néfaste au plaisir d’inventer. Et je n’avais pas pensé à cela en amont…

Pour réaliser un philtre, il me faut 35 à 40 minutes de cardage même avec une cardeuse éléctrique. Ensuite, il me faut le teindre, un temps de repos, le rinçage, le séchage et la prise de photos avant de le mettre en ligne dans la boutique. En terme de temps, c’est une réalisation bien plus longue que de teindre simplement un ruban de filature et pour que ce soit une activité “rentable” il me faudrait faire ça en permanence. Ces derniers mois, il m’a fallu penser en terme de rentabilité tout le temps… Et je déteste ça. Je déteste faire des créations à bas prix pour les touristes de passages, qui en plus n’achètent rien donc c’était inutile, ou remonter le prix de mes philtres pour essayer de m’en sortir.

Je vais terminer d’honorer mes dettes en réalisant lentement mais sûrement les dernières contreparties du financement Ulule. Si vous souhaitez y renoncer et en faire don à Schola Lanae, vous pouvez m’en avertir par E-mail ou message sur Facebook, je vous ferai parvenir votre totebag et toute ma gratitude. Si vous préférez attendre, il n’y a pas de mal à ce choix, il me faudra juste pouvoir acheter à nouveau un peu de laine ce que j’espère réussir à faire prochainement quand je n’aurai plus de loyer à payer.

Par la suite, je reprendrai un emplois et verrai le temps que je peux accorder à la création. Peut être que je ne travaillerai plus qu’à l’occasion de quelques commandes  me permettant d’acheter la matière première et de régler surtout l’emprunt de l’association. Cela fera partie d’une réflexion que je dois avoir après l’arrêt de l’atelier.

J’aurais aimé que cette aventure prenne l’envol que je voyais pour elle mais je crois avoir visé trop haut, avoir imaginé que toute seule je pourrais tout gérer ce qui n’étais pas le cas… Au final, je me suis perdue, dispersée et épuisée.

Ceux qui avaient envie de découvrir l’Atelier peuvent encore le faire jusqu’à la fin du mois de septembre.

Merci à tout ceux qui sont venus, merci à Isabelle d’être venue faire un stage peu académique et d’avoir permis à Schola de gagner un mois de présence, merci à mes amies trop loin pour m’aider mais prêtes à dispenser un peu d’amour par messages, merci à Anne-Lise ma soeur de galère toujours là pour me tendre la main en me disant “que puis-je faire pour t’aider?”, merci à mes parents qui dépensent toute leur énergie et leurs économies pour me tirer vers le haut, merci à mon adorable petite fille qui m’a laissée partir travailler tout l’été et m’a toujours accueillie en retour avec tout son amour…

Merci encore à tout ceux que je ne connais pas ou peu qui me lisent, m’écrivent ou achètent mes fibres. Merci aussi à mon ancien mentor qui a été un mécène incroyable au début de cette aventure et pour qui un jour j’irai chasser une vigogne afin de lui réaliser le pull tant mérité. Merci à tout ceux qui se sont intéressés à mon travail et qui ont acheté leur petit ticket pour l’exposition avec grand plaisir. Merci à ceux qui comprendront.

La suite de mes aventures viendra prochainement dans un autre article…

15 Comments

  • Amanda

    Bonjour. Je suis vraiment désolée d’apprendre cette mauvaise nouvelle. Toi qui es une réelle passionnée. Je te souhaite de te remettre de cette épreuve. Tu as ton petit ange qui vaut tout l’or du monde.
    Tu sais que tu peux me contacter si tu as besoin.
    J’espère te voir bientôt. Je t’embrasse très fort toi et ta mini toi 😘

  • isabelle Rovero

    Merci à toi surtout <3 Académique, peut-être pas, mais irrésistible et fructueux, car pour le moment je n'ai plus faut de bêtises! Je suis fière d'avoir été votre élève, aussi indisciplinée que ses profs. Et si une page se tourne, on en réécrira une autre ici ou ailleurs avec la même joie de vivre retrouvée. Je t'embrasse bien fort.

      • Lisou

        Isabelle, au moins tu as vu TOUT ce qu’il ne fallait PAS faire ! :p
        J’espère bien avoir un jour le plaisir de voir ton étole terminée ! J’ai adoré ces moments passés avec toi autour du métier à tisser (même le moment terrible où nous avons dû tout démêler hihihi)

  • Sabine

    Quelle tristesse de voir ce beau projet s’arrêter 🙁 Bon courage pour la suite et j’espère que vous retrouverez vite le plaisir de travailler cette belle matière qu’est la laine et celui de créer comme vous savez si bien le faire. Bien à vous.

  • Breton dominique

    Bonjour,
    Je souhaite que le temps apporte douceur, passion et joie. Je souhaite que tu puisses continuer différemment ta passion si merveilleuse.
    La société à l’heure actuelle n’est pas à l’écoute . C’est une société consommatrice dépendante des lobbyings .
    Je t’envoie toute ma tendresse pour que tu puisses avec ta petite retrouver le bonheur et la joie de vivre.

  • Penelope

    C’est votre travail qui m’a tout de suite interpellé dans ce petit monde artisanal de la laine , même si on voit de très jolies choses ! J’ai un peu suivi votre histoire, c’est une très belle expérience malgré cette fin prématurée, pour l’instant vous la vivez à chaud, mais dans quelques temps, vous en tirerez de belles réflexions c’est sûr, pour rebondir et continuer à exprimer votre talent par un créneau différent peut être …
    Une artisane fan ❤️
    Bien à vous
    Penelope

  • Lisou

    Ma petite soeur,
    on en a parlé en long, en large et en travers cet été, aussi je ne vais pas revenir sur tout ce que tu as écrit.
    Le fait est que ton projet était merveilleux, mais que, comme la 1re fois avec notre boutique, ce n’était pas le bon lieu, et peut-être pas le bon moment non plus. Le porter toute seule comme tu l’as fait n’était pas le plus facile non plus. Mais, comme tu le dis si bien : toute expérience est bonne à prendre. Tu as eu le courage de te lancer dans cette aventure, tu as essayé, il n’y a donc rien à regretter. Et puis, malgré les galères, malgré les “2€… allez, viens on s’en va” chuchotés entre 2 portes ou les “mais on ne va pas payer pour une expo alors qu’on ne sait pas ce qu’il y a dedans” (ma préférée de la longue liste que tu as pu entendre), malgré les visiteurs qui viennent juste voir l’ancienne école, malgré ceux qui ne te trouvent jamais et tout le reste, tu as pu tester des choses, comme la teinture végétale qui te faisait envie depuis longtemps, ou encore les cyanotypes. Et puis, tu as trouvé la voie magique vers ces nouvelles créations qui t’emplissent la tête et qui commencent à voir le jour. Rien que pour cette nouvelle aventure, cela valait le coup.
    Je n’ai plus qu’une chose à te dire : je crois en toi et en tes projets, encore et toujours. Et je serai toujours là pour te demander “mais que puis-je faire pour t’aider” ? 😉

    • Brigitte

      Bonsoir, je viens juste de tomber sur ton article et suis très triste pour toi que ce beau projet s’arrête à lavaudieu. Ce n’est peut-être pas le lieu et le moment… mais j’espère que tu rebondiras et que toutes ces difficultés ne seront qu’ un mauvais passage pour t’emmener sur un autre chemin, bien meilleur celui-là. Tu as un vrai talent et je suis très admirative du courage que tu as eu pour monter ce beau projet. Toute mon amitié et mes meilleures pensées. Amicalement. Je pense bien fort à toi, ta fille et ta petite lapine si adorable ! Au plaisir de te revoir.

  • Nellie

    Une pensee pour toi ma douce Julie , je suis très triste pour ce si beau projet mais je sais que tu rebondie toujours et que ta passion ne s’éteint jamais….
    Bises de l’ Aveyron
    Nellie M.

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